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Vous ne vous laisserez pas voler votre victoire : Ségolène Royal est la seule candidate du changement, dès le premier tour, pour gagner au second.

La preuve par le programme de François Bayrou totalement convergent avec celui de Nicolas Sarkozy en étant centré sur l'ultralibéralisme.

Le programme de Bayrou? Il se résume en deux mots : libéralisme outrancier. Il tient en trois temps: réduire l’État, aider les plus riches, servir les entreprises. Les plus faibles n’ont qu’à se terrer. Le centrisme, c’est ni la gauche, ni la gauche…

Réduire l’État

Bayrou veut atrophier l’État. Pour lui, « c’est évidemment sur les dépenses [qu’il faut] agir plus que sur les recettes ». Il veut même « inscrire, dans la Constitution, l’interdiction pour un gouvernement de présenter un budget en déficit de fonctionnement hors période de récession ». L’État pourrait financer par le déficit des investissements par le déficit, mais ne saurait être déficitaire sur son fonctionnement. Une mesure démagogique : le budget de l’État n’est pas celui d’un ménage.

Aberrante surtout : la règle Bayrou priverait l’État de politique budgétaire. Ces déficits ne seraient autorisés qu’en période de récession ? Mais si l’activité ralentit, il n’y a pas pour autant récession, et la hausse du chômage peut exiger une réaction budgétaire pour relancer l’économie.

Par sa règle, Bayrou lierait les mains de l’État. D’ailleurs, il ne veut pas non plus que la politique monétaire soutienne l’action budgétaire. Il se réjouit que la Banque centrale européenne (BCE) soit si indépendante. Pour lui, si elle «ne luttait pas contre la hausse des prix, particulièrement dans le domaine immobilier où, pour l’instant, on ne peut pas dire qu’on ait obtenu des résultats impressionnants, c’est à coup sûr les plus faibles et les plus fragiles qui paieraient l’addition ».

Justement : la BCE n’a pas endigué la hausse des prix immobiliers parce
que les objectifs de croissance et d’emploi ne sont pas dans ses priorités statutaires et qu’elle n’a de compte à rendre à personne. Ce dont les plus faibles font les frais.


Redistribuer vers le haut


Bayrou veut aussi baisser les impôts, donc réduire les recettes de l’État. Mais il prévient, nostalgique, que même « au plus beau temps de Margaret Thatcher et de Reagan, personne n’a jamais baissé les prélèvements obligatoires de plus de 1,5 point ». Bayrou a pour modèles Thatcher et Reagan.

En attendant, il veut élargir l’assiette de l’ISF par une incitation pour les contribuables à « déclarer le vrai montant de leur patrimoine ». Comprenez : réduire l’ISF pour qu’il ne coûte plus rien aux plus aisés.

Puis il prévient, courageux : « Ne comptez pas sur moi pour aborder la question de la suppression des niches qui ne peuvent évidemment que susciter des conflits avec des catégories différentes et très nombreuses de la population, parce qu’immédiatement vous donnez l’impression de montrer du doigt ceux qui en bénéficient. »


Ne surtout pas froisser les plus aisés. Bayrou propose donc que « l’avantage fiscal né du cumul des niches soit plafonné pour chaque contribuable à un montant fixé en pourcentage de son impôt, par exemple 20 % de l’impôt dû, avec un plancher pour que les petits revenus ne soient pas défavorisés ».

Les plus riches bénéficieraient donc d’un abattement fiscal de 20 %. Mais que ceux dont les fins de mois sont dures se rassurent : s’ils gagnaient beaucoup plus, ils y auraient droit. C’est ça, la justice fiscale de Bayrou : se concilier les gros revenus et rappeler aux petits revenus que s’ils étaient gros, ils profiteraient aussi de ces avantages.


Servir les entreprises


Bayrou veut « une France proentreprise». Avec son plan de soutien à la petite entreprise, il
se fait acclamer par les patrons de la CGPME. Et le candidat de droite y va à la hache : suppression des charges pendant cinq ans pour toute entreprise qui créera deux emplois nouveaux.

Quelle perte de recettes pour la sécurité sociale ! Quelle aubaine pour les employeurs qui auraient de toute façon créé deux emplois ! Et comme aucune création d’emplois non qualifiés ne serait exigée en retour, ils n’auraient aucune raison d’embaucher des personnes non qualifiées. Ils seraient en revanche incités à recruter les salariés qualifiés qui auraient trouvé sans peine un emploi. Surtout que Bayrou veut que « l’heure supplémentaire rapporte 35 % de plus qu’une heure normale et que cette prime soit déduite des charges à payer de manière que l’heure supplémentaire coûte à l’entreprise exactement le même prix qu’une heure normale».

Or, c’est l’employeur qui décide si heure supplémentaire il y aura et pour qui.

Et logiquement, il aura tendance à demander des heures supplémentaires à ses salariés les mieux payés, ceux pour lesquels la déduction de charge sera la plus rentable. Ainsi, les bas salaires resteront bas. Et la proposition de Bayrou radie les 35 heures : les heures supplémentaires coûtant autant que les heures normales, l’employeur les privilégiera à l’embauche. Les exclus resteront exclus.

L’UDF est comme l’UMP : libérale. Bayrou masque son idéologie derrière des slogans d’entraide pour paraître charitable, mais il est, en fait, bien en ligne avec l’orthodoxie libérale. Il  place l’entreprise et ses exigences au premier rang des priorités, devant l’être humain, devant la nécessité d’un État protecteur. Qui sont les centristes ? Jean-Pierre Soisson, qui n’a jamais refusé l’appoint des voix du Front national ? Raymond Barre, qui veut sauver l’honneur de Papon? Ne cherchez pas le centre. Il a toujours été à droite.

Franz Stoyeski dans l'Hebdo des socialistes n°441

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